Editorial hebdomadaire

Editorial du 25 octobre 2020 - Dieu dans tout cela ?

 

Cette question avait déjà surgi lors de la découverte de l’ampleur de la crise sanitaire du Covid19. Elle refait naturellement surface avec la deuxième vague de la pandémie, marquée par le couvre-feu instauré dans les grandes métropoles. Il se pourrait bien qu’elle revienne aussi face au drame atroce qui s’est déroulé à Conflans-Sainte-Honorine, le 17 octobre dernier avec l’assassinat sauvage de Samuel Paty.

Un tel évènement a pris une portée nationale et républicaine forte. C’est normal. Il n’est point question ici d’ajouter un commentaire supplémentaire sur les questions de société qui resurgissent avec plus ou moins de polémiques.

Et puisque la question des religions dans la société revient ainsi que celle non moins complexe de la laïcité, je me suis demandé à nouveau, mais où est Dieu dans tout ça ?

Une certitude d’abord, Dieu ne sera jamais dans le meurtre ou l’assassinat. Tuer, ôter la vie d’autrui sera toujours un crime abject que rien ne peut justifier. Et si ce devait être au nom de Dieu, ce serait encore plus un contre-sens absolu, quel que soit le courant religieux. Au cœur de cet évènement s’invite une réalité concrète, celle du blasphème.

A l’origine le terme grec semble signifier « parler mal de quelqu'un, attenter à la réputation, injurier, calomnier ». Petit à petit, il prend une connotation exclusivement religieuse. Dès lors on peut s’interroger sur ce que veut dire un blasphème dans une contexte qui prétend s’affranchir de tout système de pensée religieuse ? Que signifie le droit au blasphème en contexte laïc ? Il me semble qu’il appartiendrait davantage au registre de la médisance ou de la calomnie. C’est à mon sens à cet endroit qu’il se heurte à la question de la liberté d’expression. On parle beaucoup des caricatures. Leur principe n’est-il de monter en dérision tel ou tel aspect saillant d’une personnalité ou d’un symbole, avec plus ou moins d’humour ? Et donc sujet à interprétation très différente selon les personnes ?

Difficile sans doute de dire ce que pense Dieu de tout cela. Pourtant deux pistes peuvent s’ouvrir. Il me semble que Dieu ne peut pas être atteint par le blasphème. Car Dieu est Dieu et rien de l’humain ne peut l’atteindre. En même temps, que serait Dieu s’il était indifférent à tout ce qui est humain, et c’est la deuxième piste. Nous le voyons dans la personne de Jésus enseignant, guérissant, pardonnant et face à ses accusateurs au moment de la passion. Dans le silence de celui qui est insulté ET qui a choisi à cause de cela de donner sa vie pour libérer l’homme de cet enchainement. D’une certaine manière, je plains mais plus encore je prie pour celles et ceux qui auront à vivre toute leur vie avec le sentiment d’une culpabilité immense d’avoir été plus ou moins complice d’une telle barbarie lorsque leurs yeux se seront ouverts. C’est pourquoi dès maintenant et comme Jésus sur la croix, je m’associe à cette « dernière parole » : Père pardonne-leur, car il ne savent pas ce qu’ils font !

P. Laurent Jullien de Pommerol

 

Editorial du 13 septembre 2020 - Rentrée paroissiale

Une rentrée pas comme les autres ?

 

Chaque rentrée scolaire et le démarrage d’une année pastorale est unique. Parmi vous, c’est ma 6ème rentrée : Déjà ?!... A mes yeux chacune aura été unique et j’en garde un souvenir spécifique. Pour cette rentrée, j’ai envie de vous partager deux points :

 

Il y a d’abord un « maitre mot » : Les uns des autres, même de loin, prenons soin. Depuis plus de 20 ans que je vis en paroisse, cela ne m’est jamais apparu aussi pertinent que cette année. Nous vivons des contraintes sanitaires inédites dont nous percevons qu’elles sont nécessaires tout autant qu’elles nous pèsent. Je reçois de nombreux témoignages en ce sens. Personnellement, je ne suis pas très habitué au gel hydroalcoolique et le port du masque m’est pénible. Pour autant il ne peut s’agir que d’intérêt personnel. Chacun mesure, au-delà des appréciations personnelles de la situation sanitaire local, une nouvelle facette du bien commun. Prendre soin de soi ne peut s’affranchir de la prise en compte des autres. Et je crois que c’est une source de bonheur plus grande encore. Ceci m’amène à vous partager cette intuition que nous pouvons faire des ces contraintes sanitaires une chance, y compris pour la vie paroissiale. La distance, peut être perçue comme une prise de recul qui nous fait regarder celles et ceux qui nous entourent avec une plus grande bienveillance encore. Les protections qui nous sont imposées peuvent participer d’une prise en compte plus respectueuse encore de celles et ceux qui me sont différents. Il y aurait sans doute beaucoup à approfondir.

 

Le deuxième point, dans la dynamique de ce que nous venons de vivre, est une invitation à repenser la vie paroissiale. Pendant le confinement, alors que beaucoup d’activités ont été suspendues, et que les 200 ou 250 bénévoles investies dans toutes sortes de missions n’ont pu les continuer. J’ai mesuré encore plus concrètement que seuls nous ne pouvons rien faire (cf. Jn 15,5). Enormément de choses me sont tombés sur les épaules et j’ai vraiment vécu avec une immense joie le retour progressif de chacun. Je ne voudrais pas manquer une fois de plus de vous remercier tous, qui participez d’une manière ou d’une autre à la vie de notre ensemble paroissial. Mais le confinement-déconfinement a laissé des traces importantes et tous les services paroissiaux ont été affectés. Partout il y a des missions à pourvoir. A cet endroit, les « vieux démons » reviennent très vite. Je comprends les appels à l’aide que j’entends souvent, comme par exemple : « nous ne sommes pas assez nombreux, il faut que vous nous trouviez de nouvelles personnes ! » ou encore : « ce n’est plus possible là, vous devez trouvez quelqu’un pour faire ceci ou cela », voire encore : « je veux bien continuer ceci, mais à condition que... » Bien sur je suis toujours d’accord, et tente de déployer une certaine énergie. Mais je ne suis ni « tout-puissant, ni magicien ».

S’il peut y avoir des services sensibles qui suppose mon accord, la plupart n’ont pas du tout besoin de moi pour se renouveler. Je voudrais vous inviter toutes et tous à une double conversion : celle d’avoir confiance dans votre capacité d’appel, et d’aller au-devant de personne même que vous en connaissez pas très bien ; celle aussi d’accepter d’être appelé, ou de proposer vos services. Les possibilités sont nombreuses, et n’exigent pas forcément toutes beaucoup de temps ou une compétence spécifique. Une seule chose est sur dans l’un ou l’autre cas : vous ne le regretterez pas.

 

P. Laurent Jullien de Pommerol

© 2015 par Ensemble paroissial Croix Rousse - LYON. Créé avec Wix.com

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